mercoledì 12 luglio 2017

Fattitaliani à Avignon. Une Antigone entre deux mondes

Le spectateur pénètre dans le lieu mythique de la cour du Palais des Papes et déjà son regard est attiré par ces personnages de blanc vêtu qui déambulent, silencieux, dans une vaste nappe d'eau en tenant une coupe de cristal qui leur permet par l'entremise de leur doigt de faire entendre un son ou plutôt une vibration légère et entêtante. La nuit tombe peu à peu et les lumières se détachent plus encore, se reflétant dans cette eau sombre dont on devine déjà qu'elle symbolise un passage entre deux mondes.

Le spectacle se met en place  lentement, le ballet des ombres blanches qui semblent glisser dans l'eau s'est densifié, et soudain la pièce commence.
Après un intermède quasi comique qui rappelle les grandes lignes  de l'histoire le texte de Sophocle se fait entendre.
Le découpage de la tragédie grecque  est respecté et souligné , l'alternance entre les parties dialoguées et les chants du chœur renvoient pleinement au théâtre antique. Une musique répétitive, et le chant accompagnent les interventions du chœur.
Une impression étrange: nous sommes indéniablement dans l'histoire d'Antigone de Sophocle choisie par Satoshi Miyagi comme étant la plus représentative de la culture occidentale, qui résonne particulièrement bien en ces temps de déchirure. Le conflit qui oppose Créon et Antigone est mis en relief par un double dispositif. Les protagonistes sont représentés à la fois par un comédien qui dit le texte de manière hiératique et un autre qui, sans parler, fait bouger son corps qui se détache sur l'immense mur de la chrétienté grâce à un jeu d'ombres gigantesques. Texte et mouvement dissociés se trouvent ainsi magnifiés et envoûtants et on retrouve bien ces scènes d'agôn (joute oratoire) qui caractérisent la tragédie grecque. La mise en scène est ritualisée grâce à des gestes lents et répétitifs, on retrouve en quelque sorte les mouvements rituels du chœur et les mouvements lents des comédiens de la Grèce antique juchés sur leurs cothurnes. Ici, c'est l'eau qui semble ralentir le mouvement: on retrouve bien sûr les éléments propres du théâtre japonais.
Cependant l'impression d'ensemble et la fin de la pièce donnent une toute autre teneur à la pièce. Créon et Antigone s'enferment bien dans le conflit  entre les lois des dieux et les lois de la cité. Leur intransigeance les mène tous les deux au malheur mais la mort d'Antigone et d'Hémon conduit à une scène inattendue, ritualisée, que le metteur en scène présente comme une scène de fête des morts. Le conflit est dépassé. Nous sommes de l'autre côté, dans un au-delà ou plutôt au seuil d'un au-delà que symbolise le bateau de Charon, seul personnage de la pièce à ne pas être vêtu de noir, qui flotte sur son bateau et disperse des lumières flottantes qui semblent renvoyer aux âmes des morts.

Nous étions habitués à ce que chaque mise en scène ou réécriture d'Antigone nous livre une nouvelle clé sur notre époque. Ici, on a plus l'impression que ce qui est important c'est de partager un moment d'émerveillement et de beauté, d'écouter et voir l'histoire, de remuer en nous des songes, de rapprocher et éloigner nos convictions pour apprendre à accepter une résolution même incertaine. Impression de croisement, de rencontre de cultures qui peuvent se compléter et se séparer sans que cela puisse se comprendre rationnellement. Ce n'est pas un théâtre de conflit, chaque homme devient "Buddha " il n'y a pas de distinction entre le bien et le mal dans la pensée bouddhique japonaise nous dit Satoshi Miyagi.

Un récit qui charme par ses images, ses ombres et ses lumières, sa musique rythmée, sa lenteur, sa poésie, un spectacle mémorable même si la fin nous échappe un peu.
Fabienne Maugey Cadilhac, corrispondente ad Avignone per Fattitaliani

Antigone de Sophocle
Satoshi Miyagi
Durée 1 h45
Spectacle en japonais surtitré en français
Jusqu'au 12 juillet
Cour d'honneur du Palais des Papes

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